Cet important document est un rapport d’enquête sur la situation de la dot et des rites de veuvage au Cameroun aujourd’hui. Réalisée par une équipe de sociologues à la demande du Cercle International pour la Promotion de la Création (CIPCRE), l’enquête visait à donner une idée d’ensemble de la manière dont ces phénomènes sociaux sont vécus et pratiqués dans les diverses tribus camerounaises.
A partir d’une grille scientifique centrée sur la conscience des mutations de fond dans les sociétés africaines sous les coups de boutoir d’une modernité conquérante et déstabilisatrice, les chercheurs ont décrit et analysés les pratiques actuelles de la dot et des rites du veuvage dans quelques régions du pays. Ils ont cherché à saisir les mécanismes de perception, de représentation et d’organisation de la dot ainsi que le déroulement des rites autour de la mort et du veuvage.
Le regard rivé sur les réalités de terrain, ils ont pu, avec maestria et rigueur, mettre en lumière la symbolique des pratiques de la dot et du veuvage, la sémiotique de leur code, la sémantique de leur organisation et l’énergétique de leur sens.
Confrontant les traditions séculaires dont parlent les Anciens et la manière actuelle dont sont géré le mariage et la séparation des conjoints par la mort de l’un d’eux, ils ont décelé deux réalités majeures qui résument la situation aujourd’hui.La première réalité est de l’ordre du négatif : la dot et les rites de veuvage sont aujourd’hui vidés de leur projet originaire par manque de connaissance de ce qu’ils ont été dans la tradition et l’héritage des ancêtres. Ils subissent une dépravation profonde liée à la crise morale dont souffre la société camerounaise. Une crise des valeurs qui met aujourd’hui l’argent et le goût du lucre au centre des relations sociales, au point de faire de la dot une vente aux enchères et du veuvage une opportunité d’exploitation financière et de spoliation qui laissent les veuves et les orphelins traumatisés et exsangues. On voit à ce niveau que le phénomène concernent beaucoup plus les femmes que les hommes dans une société dont les mentalités ont tendance à culpabiliser foncièrement les veuves en les accusant , ouvertement ou insidieusement, de la mort de leur mari, et à dévaloriser la jeune fille, en faisant d’elle un banal objet monnayable.
La deuxième réalité est de l’ordre du positif : elle concerne l’exigence de réinvention de la dot et des rites de veuvage à partir des principes d’humanité traditionnelle et de la philosophie contemporaine des droits humains. Loin de penser que le veuvage comme gestion du deuil et de la douleur devrait purement et simplement disparaître de la société actuelle, les experts proposent plutôt une nouvelle manière de penser les rites en y voyant un lieu d’une nouvelle éducation aux impératifs de l’humain. Education à donner non seulement aux principaux acteurs des cérémonies des veuvages à qui l’ont doit inculquer le sens profond des symboles et des rites dont ils sont porteurs, mais l’ensemble de la société qui devrait comprendre ce dont il est vraiment question dans le veuvage : une gestion positive et fertile de la souffrance et de la mort, dans la perspective d’une vie nouvelle. De même, il faut réimaginer le sens de la dot par l’éducation aux valeurs, de manière à donner de la femme l’idée la plus haute, la plus belle et la plus fascinante qui puisse être déployée dans une société aujourd’hui.
Pour une telle éducation, toutes les forces de régulation morale et spirituelle de la société ont une responsabilité de premier plan : les Eglises, les Mosquées, les chefferies traditionnelles et les associations des droits humains. C’est d’elle que dépend l’humanisation de la dot et des rites de veuvage, vigoureusement.

