Il est communément accepté dans le système international que la protection des droits de la personne y compris des femmes et partant de la veuve relève en premier lieu de la responsabilité des Etats. Ainsi chaque Etat parti aux conventions et traités internationaux a l’obligation de mettre en place des mesures juridiques et institutionnelles qui garantissent la protection des droits de la personne selon les normes et standards internationaux conformément au principe d’universalité des droits fondamentaux. La protection de la veuve dans le contexte de la déshumanisation/dégradation des rites de veuvage comme pratique traditionnelle instituée par les us et coutumes de la communauté devrait s’inscrire dans cette perspective. Son caractère dégradant voire cruel à l’égard de la veuve dans certains contextes, est en conflit avec l’esprit de la convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants à laquelle le Cameroun est partie. Chaque Etat partie a l’obligation de prendre des mesures législatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour empêcher que des actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction. La torture intègre au sens large, suivant l’article 16, toutes formes d’actes constitutifs de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. 

Dérives des pratiques

Ainsi, si les rites de veuvage prennent des aspects deshumanisants et dégradants sans qu’il y ait des mesures coercitives pour les supprimer, la responsabilité et la complicité tacite de l’Etat du Cameroun sont ainsi avérées du moment où le même article dit que « Tout Etat partie s'engage à interdire dans tout territoire sous sa juridiction d'autres actes constitutifs de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui ne sont pas des actes de torture telle qu'elle est définie à l'article premier lorsque de tels actes sont commis par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel, ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite »

Dans le cadre du suivi du processus de domestication de cette convention au niveau de la législation nationale camerounaise, le Comité contre la torture siégeant au cours de 44eme session à Genève, a examiné le quatrième rapport périodique du Cameroun (CAT/C/CMR/4) à ses 930ème et 944ème séances, les 28 avril et 7 mai 2010 (CAT/C/SR.930 et 944), et dans ses observations finales adopté le 12 mai 2010 (CAT/C/SR.950 et 951), a fortement recommandé au gouvernement Camerounais l’adoption d’une loi interdisant les pratiques traditionnelles nocives à l’égard des femmes. En faisant une telle recommandation, le comité soulève ainsi les manquements qu’il y a dans l’arsenal juridique camerounais actuel en ce qui concerne la protection des femmes à l’égard des dérives des pratiques traditionnelles, y compris notamment les rites de veuvage. 

L’adoption d’une telle loi pourrait constituer une avancée significative dans le processus de protection juridique de la veuve contre les pratiques déshumanisantes des rites de veuvage. La loi ainsi adoptée servirait de cadre de référence pour la réglementation des pratiques de veuvage, démarche d’autant plus impérative que le code pénal camerounais reste silencieux sur ce phénomène social.