Au niveau individuel.

1. De la nécessité d’une résistance individuelle.

Elle consiste pour chaque personne susceptible de subir les rites de veuvage à s’opposer aux dimensions qui violent ses droits. Elle ne peut être que le fait de la jeune génération qui, mieux outillée sur les questions de droits de l’homme doit commencer à s’opposer aux aspects dégradants des rites même avant d’être en position de responsable de famille (marié (e)) 

2. Un sujet de débat conjugal

Les couples doivent débattre des questions sur les pratiques de veuvage et faire connaitre leurs positions au reste de la famille. 

3. Une déconstruction de la mentalité de la peur

Ici, il y a lieu d’écouter les témoignages des personnes qui n’ont pas fait de rites et à qui rien n’est arrivé en terme de malheur. Ceci confortera les couples ou même les personnes qui opteraient pour les rites non dégradants dans leur positionnement. 

Au niveau collectif

1. L’analyse de la situation

Il est question de faire un état des lieux sur la pratique des rites de veuvage, chercher l’écart qui existe entre ce qui se fait et ce qui devrait être fait, afin de saisir plus finement les logiques qui sous tendent la pratique de ces rites. L’objectif de la recherche sera de collecter les données aussi bien quantitatives que qualitatives sur les dérives des rites 

En activité pour atteindre cet objectif, les études sur la pratique des rites de veuvage dans tout le pays doivent être menées en vue de faire ressortir non seulement les différences entre les régions/ tribus/ ethnies, mais aussi les déviances de ces pratiques. Les résultats de la recherche serviront lors des campagnes de CCC et de plaidoyer comme preuves des dérives. 

2. Mise en place d’une coalition d’acteurs contre la déshumanisation des rites de veuvage 

L’objectif à ce niveau est de faire un état des lieux des associations ou ONG qui luttent contre les pratiques culturelles dégradantes afin de canaliser les actions pour les rendre plus visibles. Concrètement, il s’agit de répertorier les organisations intervenant dans la lutte contre les pratiques culturelles dégradantes en vue de mener des actions communes. 

3. Plaidoyer 

L’objectif du plaidoyer est d’amener les décideurs à prendre des mesures incitatives en vue d’extirper les pratiques dégradantes des rites de veuvage. Les activités consisteront à produire les outils de plaidoyer, organiser les rencontres avec les autorités religieuses, administratives et traditionnelles. Une action de plaidoyer est aussi à envisager auprès des décideurs (les pouvoirs publics, les parlementaires et les chefs coutumiers) dans l’optique de les amener à envisager des mesures incitatives à la bonne pratique des rites de veuvage. 

Au niveau communautaire 

1. Mobilisation communautaire 

L’objectif ici est de sensibiliser, d’informer et d’impliquer les populations dans la lutte contre la déshumanisation des rites de veuvage. Il est important de faire connaître aux populations la vraie pratique des rites de veuvage dans son sens premier, c’est-à-dire faire la différence entre ce qui était naguère prévu et ce qui est ajouté aujourd’hui et qui compromet sa signification exacte. Concrètement, il peut être question d’organiser des actions d’IEC/CCC (information, éducation et Communication/communication pour le changement de comportement) à l’intention de la communauté toute entière en lui présentant les dangers liés à la dégradation des rites. Il y a lieu d’éduquer les populations face aux effets néfastes de certaines pratiques. L’éducation se définissant ici comme l’utilisation d’un ensemble de méthodes, de techniques et de moyens appropriés permettant à un individu ou à un groupe d’individus d’adopter des comportements favorables au maintien et à la promotion de leur état de complet bien être physique, mental et social, et cela par leur effort personnel.
Les leaders coutumiers doivent faire connaître à leurs populations ce qui devrait être normalement fait lors du veuvage et ce qui ne doit pas être fait. 

Les leaders religieux, tout comme les chefs coutumiers, constituent dans cette lutte, des pièces angulaires. Les responsables de la mobilisation sociale doivent créer les alliés dans l’univers médiatique camerounais (radios publiques et privées, télé, presses, radio communautaires) bien choisir les canaux de communication adaptés à chaque niveau de cible de manière à intéresser les populations. 

Pour y arriver, il y a lieu d’identifier les cibles et les segmenter si possible. Il faut définir les acteurs concernés, leurs rôles ou leur influence dans la pratique des rites de veuvage. Ainsi, nous pouvons citer trois catégories de cibles.

- Rupture du silence.

La communication pour le changement de comportement (CCC) doit être menée par les détenteurs et dépositaires des pouvoirs traditionnels et ancestraux. Ces derniers doivent aller au devant de la scène communicationnelle pour conscientiser leur population mais aussi pour punir les contrevenants et dire exactement ce qui doit être fait.

- Initiation des dépositaires des pouvoirs traditionnels et ancestraux à la culture des droits de l’homme

Bien que garant des us et coutumes, les leaders traditionnels doivent être formés à la culture des droits de l’homme. Si les chefs coutumiers s’approprient les questions relatives aux droits de l’homme, les violations seraient minimisées voire éliminées dans toutes les pratiques culturelles.

- Instauration d’un régime de sanction au niveau traditionnel et coutumier pour décourager/dissuader les éventuels coupables des pratiques dégradantes.

Ceci suppose que la recherche a permis de codifier les pratiques acceptées et acceptables par leur caractère symbolique et non dévalorisant, en sorte que ceux et celles qui iraient en marge du permis seraient rappelés à l’ordre et remis sur le droit chemin. 

2. Création des observatoires des pratiques des rites de veuvage 


L’objectif est de créer un observatoire des pratiques des rites de veuvage dans les villages afin de dénoncer toute forme de perversion dudit rite. Ceci doit se faire de concert avec les leaders religieux et les chefs coutumiers. Il s’agit de créer dans chaque localité un organe qui devra suivre le déroulement des rites chaque fois qu’il y a un cas de décès d’un chef de famille. 

3. Suivi-Evaluation 

Toute action non suivie est susceptible d’être dévoyée. Les stratégies à développer doivent être minutieusement suivies et en permanence évaluées. 

De manière concrète, il est question de suivre et évaluer continuellement les activités afin de voir ce qu’il faut changer dans la manière de s’attaquer au problème. 

Prévoir une évaluation des activités au bout d’un temps et rendre utiles les résultats de l’évaluation.

L’activité sera d’élaborer le devis d’évaluation de manière à rendre pratiques les résultats issus de celle-ci.

Somme toute, tous les acteurs de la société doivent conjuguer des efforts pour prévenir les dérives inhérentes aux rites de veuvage.