Chez les Batombou
Le Batonou est un peuple du nord-est du Bénin. Malgré l’introduction de l’islam, du christianisme et du modernisme, certains rites demeurent et sont pratiqués suivant les coutumes. Il en est ainsi par exemple des rites de veuvage.
Les goun sont un peuple du sud-est Bénin et sont localisés dans les départements de l’Ouémé. Les pratiques du veuvage diffèrent d’une famille à une autre contrairement à celles des Batombou qui sont uniques.
Selon les traditions Batonou et Goun, pour subir les rites du veuvage, la femme doit être mariée sur le plan traditionnel, religieux ou légal. Précisément, la femme Batonou non mariée (peu importe le nombre d’enfants qu’elle a avec le défunt) ne peut pas être veuve parce qu’elle est considérée sans lien avec l’homme, donc en union libre.
Chez les Batombou, la femme divorcée, même étant sous le toit d’un autre homme est tenue où qu’elle se trouve de venir subir les rites de veuvage. En effet, autrefois, la femme divorcée ne pouvait se remarier dans le village de son premier mari, qu’elle soit native ou non dudit village. En conséquence, un émissaire est envoyé à la femme divorcée pour l’informer de la mort de son ex époux et l’inviter à se préparer pour le veuvage.
La femme divorcée qui refuse de subir les rites du veuvage doit éviter de mettre les pieds dans le village du défunt, au risque de perdre sa vie. Cette assertion est encore d’actualité.
Chez les SAIZONOU, la femme divorcée est considérée comme n’ayant plus de relation avec le défunt. Elle peut faire le veuvage mais tout en étant dans une autre concession.
La femme Batonou ne subit les rites de veuvage qu’une seule fois dans sa vie pendant une durée de quatre lunes soit environ quatre-vingt dix jours pendant que la femme goun mariée au SAIZONOU reste dans le veuvage pendant un an divisé en trois grands moments : une première période de quarante et un jours dont la fin est marquée par des prières et des sacrifices là où les cheveux, ongles et poils du défunt sont enterrés. Une deuxième période qui court du 41e jour au cinquième mois, à la fin de laquelle la veuve est autorisée à se séparer du pagne de veuvage et la dernière période pour boucler un an de veuvage.
La fin des deux premières périodes est marquée par des cérémonies à l’occasion desquelles des mets sont préparés mais aussi c’est le moment où la danse culturelle Adjogan est exécutée par des femmes de la collectivité veuves ou non qui sont réputées être fidèles à leurs conjoints. Ces manifestations se passent beaucoup plus dans un état de liesse.
Il est à souligner qu’en cas d’indignité notoire (adultère) ou de mauvaise conduite dans le foyer conjugal (non respect des beaux parents et du mari, femme acariâtre, etc.), la femme divorcée n’est pas autorisée à effectuer le veuvage au domicile du mari.
Des rites proprement dits
Pour démarrer le veuvage, la veuve Batonou est conduite, le visage voilé, sur la tombe du défunt pour la toucher simplement et y rester un petit moment. Par contre lorsqu’elle est divorcée, il lui est demandé de jeter un oeuf de poule d’une extrémité à l’autre de la tombe avant d’entrer dans la case de veuvage. Par contre, chez les SAIZONOU, la veuve est autorisée à voir le corps de son mari avant l’enterrement de son mari.
Il existe tout de même une similitude des faits suivants au cours du veuvage au niveau des deux peuples :
1. la veuve ne se vêtit que d’un pagne traditionnel noué au niveau de la poitrine et un voile pour se couvrir le visage. La veuve reste assise toute la journée sur une natte qui sert de lit en même temps pour passer ses nuits, avec à côté d’elle un couteau traditionnel qu’elle tient dans tous ses déplacements. 2.Une chambre est aménagée pour la veuve, différente de celle où elle vivait avec son mari. Elle est entourée par de vieilles femmes ou des femmes de sa génération qui sont chargées de l’assister pour l’aider à vaincre ses nouvelles
peines mais aussi pour satisfaire ses besoins (alimentation, toilette, habillement, etc.).
3.Pendant le veuvage, la veuve est accompagnée par une ou deux de ses assistantes pour se détendre vers les confins du village, (la brousse) et profiter pour se mettre à l’aise.
4.La veuve n’est soumise à aucune contrainte coutumière ou sociale en dehors de son immobilisation dans la case durant plusieurs mois.
5. Si chez les Batombou, aucun doute n’est élevé en direction de la veuve sur les causes de la mort de son mari. Il en va autrement chez les SAIZONOU qui au prix de multiples consultations divines, cherchent à connaître les raisons de la disparition de leur parent. Les conditions de traitement de la veuve dépendant parfois des informations obtenues.
6.A l’issue des quatre lunes, la veuve Batonou est rasée, abandonne le pagne et le voile pour retrouver son habillement normal. Ceci marque la fin du veuvage. Celle-ci peut se rendre de maison en maison et dans les villages où se trouvent les parents de son mari défunt pour remercier tous ceux qui ont participé aux cérémonies funéraires.
A la fin du veuvage, la veuve Batonou, quel que soit son âge, est libre de tout engagement vis-à-vis de la famille de son ex-mari. Elle peut rester dans la concession pour assister ses enfants ou aller s’installer dans sa famille.
Chez les SAIZONOU la veuve est rasée à la fin des cinq premiers mois et peut abandonner le pagne de veuvage mais n’est pas encore libre. C’est en effet à cette étape qu’il est demandé aux frères du défunt de se prononcer sur leur désir ou souhait de prendre la veuve comme épouse. Celle-ci peut consentir ou non à la poursuite de la vie conjugale avec un de ses beaux frères. En cas de refus, les rapports entre la veuve et le nouveau prétendant sont observés le long de la dernière période. S’il est constaté que la femme manifeste un refus catégorique jusqu’à la fin de la période de veuvage, les personnes âgées de la famille font entendre raison à l’homme qui est tenu d’abandonner ses ambitions.
Chez les Batombu, toutes les fois qu’il est annoncé un visiteur ou une visiteuse dans la maison pour présenter les condoléances, la veuve doit émettre des pleurs pour marquer les douleurs qu’elle ressent.
En somme, le veuvage chez la femme Batonou est sans grande conséquence sur la vie de la femme. Le caractère humain du veuvage lui permet de se refaire rapidement une nouvelle vie conjugale ou célibataire et de garder des relations avec la famille de son mari au cas où elle a des enfants. Pendant ses vieux jours, ses enfants peuvent la ramener dans la concession.
La femme goun pourrait aussi connaître une telle situation au cas où elle n’est pas accusée d’être l’auteur de la mort de son mari.
... Au Cameroun
Par Michel Ferdinand
Journaliste
Les méthodes varient, mais le principe demeure. Qu’on soit chez les Batombou et les Gouns au Bénin, les Bamiléké, les Bassa, les Ewondo, les Peuls et les Duala au Cameroun, les rites de veuvages imposent des rigueurs quelquefois indicibles aux femmes. Panorama des pratiques de veuvage à travers nos sociétés.
Tout le monde ou presque s’accorde à dire que la gestion d’un décès dans la société camerounaise, a connu des changements notables, sous l’influence des pratiques et cultures imposées par la colonisation et l’hégémonie culturelle occidentale. Néanmoins, les lendemains d’obsèques ne sont pas une partie de plaisir pour le conjoint survivant. On pense pouvoir déterminer les causes du décès, en le soumettant à ce rituel.
Bien que la Menoua, département de la région de l’Ouest, ne soit pas une entité culturelle homogène, un certain nombre de pratiques rituelles récurrentes marquent la disparition d’un partenaire dans une famille, et concernent aussi bien les veuves, les veufs que les orphelins. C’est ainsi que dans la douleur, la femme qui a perdu son mari doit abandonner le confort douillet de son lit ou de tout autre meuble, pour s’installer sur un sol nu, ou recouvert de feuilles sèches de bananier. La toilette intime ou externe y est proscrite. Tout au moins, le linceul du mort sera déchiré pour servir de ceinture à la veuve, avec son crâne tondu et cerné d’une espèce d’herbe communément appelée ‘‘Mbubue’’. Ou encore ses tibias oints quotidiennement d’huile de palme pour favoriser l’adhésion de la poussière. Dans certains villages, on préfère la cendre à l’huile de palme. Pour cette veuve qui n’est plus autorisée à laver les mains avant de manger, et qui pendant la durée des lamentations, réagit à toute salutation par des hochements de tête, puisqu’il lui est interdit de tendre ou recevoir une poignée de mains.
Chez les Yemba [composante Bamiléké], les jours de veuvage durent une à deux semaines. Le calvaire se traduit en ce que la veuve n’a pas droit au port des chaussures. Ailleurs, elle n’est autorisée à porter qu’un seul soutien-gorge qui amasse toute la crasse. Elle portera avec elle une bouteille d’eau qu’elle consommera et ne pourra partager avec personne. Son repas quotidien lui sera servi par des veuves plus anciennes. La fin des cérémonies de lamentation correspond à la programmation d’une autre série destinée au ‘‘lavage’’ ou à la purification de la veuve. Ce ‘‘lavage’’ présidé par de vieilles veuves, est généralement effectué au marigot du village. C’est peu après qu’elle recommence une vie ordinaire, sans être libérée de ses liens de mariage. Surtout que dans plusieurs groupements, une veuve devient facilement la nouvelle épouse du successeur de son défunt époux, à la seule condition de n’être pas son fils. Et quand c’est un homme qui perd sa femme, la tendance à Dschang et ailleurs dans l’aire Yemba laisse croire que les rites de veuvage masculin son assez simplifiés : « Un homme veuf ne peut pas s’affaisser, comme un passif spectateur. Parce que les obsèques et les funérailles exigent la mobilisation des moyens logistiques, matériels et financiers dont le veuf seul a le droit de se charger », soutient un patriarche. Il n’est donc pas question qu’un jeune veuf se fende en lamentations. Il est astreint à l’épreuve du ‘‘lavage’’, mais, avant, il aura satisfait aux besoins de manger et de boire de ceux qui compatissent à son malheur. Chez les bassa En ‘‘pays’’ Bassa, lorsqu’un homme ou une femme n’est plus en vie, la conjointe ou le conjoint est assisté (e) du veuf ou de la veuve. C’est lui ou elle qui conduit la personne affectée dans le milieu des veufs. Là, rien à faire. Il faut se coucher à même le sol pendant neuf jours, à l’intérieur d’une case, et éviter d’aller dehors. Au cours de cette période, on ne serre la main à personne. Neuf jours après l’enterrement, le veuf ou la veuve subit un accompagnement de son mentor. C’est alors qu’on lui rase la tête et l’habille d’un vêtement. Il peut être blanc, bleu ou noir, selon le cas. Particulièrement pour la veuve, elle portera un ‘‘cordon’’ de sécurité autour des reins durant au moins six mois. Tout en évitant des contacts avec des hommes n’appartenant pas à sa famille [Ceux qui ne peuvent pas la convoiter]. Contrairement à la région Bamiléké, la veuve a la possibilité de choisir l’homme qui devra la consoler de son malheur, celui qui devra lui donner un champ en débout de saison. L’heureux élu doit être un frère de la génération du défunt. Sans être automatiquement le frère utérin du disparu, même si c’est le souhait de la famille. Actuellement, le rite appelé ‘‘Malèp’’ oblige la veuve à se mettre en noir pendant près de deux ans. L’homme n’en fait pas autant.
Chez les ewondo Dans le grand Centre, notamment chez les Ewondo, on tient encore tellement aux rites de veuvage qu’on leur attribue des aspects forts mystiques, en considérant que, s’ils sont mal faits ou pas du tout, ils peuvent entraîner une maladie de la veuve, voire la mort. Ce qu’on retient, en plus de quelques obligations, c’est qu’au cours de la purification dans un cours d’eau, la veuve, toute nue, se roue dans la boue pour répondre aux exigences de la coutume de ‘‘l’akus’’. Peu après, elle porte un rhizome de bananier, fraîchement arraché de terre, qu’elle doit jeter sur la route. Elle ne doit ni tomber, ni laisser tomber sa charge. La symbolique, c’est qu’elle devra mesurer la douleur que connaissait son époux pour nourrir les autres. Elle va même jusqu’à prendre un bain de boue, munie d’une brosse à dents et d’une serviette. L’une des belles-soeurs se charge de chercher des feuilles dans la forêt, avec lesquelles on prépare une décoction que la veuve doit ingurgiter. Ce n’est qu’après qu’on lui ôte les habits, afin de la nettoyer en prenant soin de jeter les feuilles recueillies sur la tête.
Chez les Peuls En milieu peul, le débat est ouvert : faut-il pratiquer sa religion telle que transmise par les anciens (au risque de faire le Chirk -rite contradictoire à l’Islam-), ou alors se référer au seul livre saint et à la tradition léguée par le prophèt? C’est un dilemme. Les adeptes de la nouvelle école soutiennent qu’il serait plus aisé de se conformer au veuvage, dès lors que l’on applique fidèlement les enseignements d’un Islam débarrassé des exigences coutumières, parfois rétrogrades. Une sexagénaire qui a vécu deux séances de veuvage, témoigne : « A l’époque, j’avais 18 ans lorsque mon premier mari est décédé. Pendant de longs mois, il m’était interdit de prendre mon bain un jour autre que le vendredi. Je ne devais pas consommer certains mets. Je devais rester à l’intérieur de ma case de jour comme de nuit, sauf en cas de besoin intime. Je devais partager mon lit avec un bébé de sexe masculin, que l’on faisait venir tous les soirs d’une maison voisine ». Le témoignage de Mama Da’i se poursuit : « Je devais garder sous mon lit le sabre de mon mari un jour sur quatre. Les autres jours, cette charge revenait à chacune de mes trois co-épouses. J’avais droit une seule fois aux tresses : le soir même de la fin de mon veuvage ». Quand Mama Da’i convole en secondes noces, tout frise la rigolade : « Au soir de la mort de mon époux, l’iman de la mosquée est passé dans ma case me donner une ligne de conduite. J’ai été surprise d’apprendre que je pouvais me laver autant de fois que je voulais dans la journée, et ce, pendant tous les quatre mois et dix jours qu’avait duré mon veuvage. Je pouvais consommer les mets de mon choix. Il suffisait que je m’assure de leur provenance. Je pouvais faire chambre seule, me refaire des tresses à ma guise ». Les partisans d’un Islam pur et authentique, encouragent d’ailleurs les deuxièmes rites de veuvage vécus par Mama Da’i. Car, ils sont plus proches du modernisme et même de la science. Qu’on dise qu’une femme ne doit pas se laver, même en période de menstruations, était inhumain.
Chez les Duala
Par Michèle EBONGUE
Théoriquement, les rites du veuvage chez les Douala pourraient se résumer en quatre grands moments: les lamentations, la purification et l’obole des femmes, la neuvaine et le port du deuil proprement dit. La mort du mari est une épreuve particulièrement éprouvante. Au-delà du trouble émotionnel de la perte d’un être cher, la veuve doit se conformer à un certain nombre d’exigences qui, avec l’emprise du modernisme, ont pris des connotations regrettables, du moment où leur valeur originelle s’effrite, lorsqu’elle n’est pas simplement méconnue. C’est ainsi que, dès la disparition du mari, l’organisation des funérailles devient la plateforme de toutes sortes de règlements de comptes parfois injustifiés, mais sous le couvert de la tradition. Toujours est-il que commence, pour la veuve, une semaine intrépide où il faut faire face à une série d’obligations. Obligations financières pour l’ordonnancement des cérémonies funéraires, la décoration du funérarium, l’achat des cercueils et vêtements du décédé, la location des bâches et des chaises, ainsi que l’achat de la boisson et la préparation des repas à servir aux personnes qui se sont installées au domicile, etc. L’essentiel des rites commence la veille de l’enterrement.
La veillée comporte un programme de prières et de recueillement chrétien, commun à tous. Au petit matin, les soeurs et les femmes du patelin du défunt s’installent dans un coin de la cour, et forment un cercle à l’intérieur duquel la veuve viendra danser et pleurer son époux. Sonorités et chants particuliers composent l’"Essewe" qui, en d’autres circonstances, suscite beaucoup de joie et un certain plaisir des yeux et d’écoute. C’est en réalité un exutoire qui devrait permettre à la veuve de crier sa peine, d’extérioriser sa douleur, sous forme de chants dont elle dit les paroles. Le tout accompagné des maracas, de cymbales et de tambours. Le reste de la cérémonie se déroule presque tranquillement, conformément au programme annoncé, jusqu’à la mise en terre. Juste après, la veuve est désormais confiée à ses belles- soeurs, presque à leur merci. Elle n’a plus le droit de sortir, sauf dans des cas exceptionnels. Ce sera le cas le troisième jour après l’enterrement : elle se rendra sur la tombe de son époux pour y déposer des fleurs. A son retour et, précisément, dans l’après-midi (aux environs de 16h), on lui coupera les cheveux. Sa chambre et son lit seront entourés de tiges de "l’arbre de la paix". Sous son matelas, on posera des feuilles de bananier séchées. Tout ceci, pour la protéger des esprits chagrins, porteurs de malédictions, dit-on. C’est également le lieu du règlement de l’obole des belles- soeurs. Cette exigence est péremptoire et, selon certaines femmes, elle sert à dédommager les belles soeurs qui ont tout perdu, à savoir, leur frère et ses biens qui, pour la plupart, appartenaient à leur père: la tradition commande en effet que ces biens reviennent à la veuve et aux enfants du défunt. Il est aussi question de déterminer le repas que la veuve doit préparer, en prélude à la neuvaine. Cette agape doit comporter trois mets différents, dont nécessairement le Ngondo et les Miondos (mets de pistaches et lamelles de bâtons de manioc) : ce mets est en effet au centre du cérémonial de l’eau. Aux aurores du neuvième jour après l’enterrement, la veuve est conduite à la rivière pour la pratique du rite de la purification.
Epreuve du feu
Il s’agit, en réalité, de chasser toute entreprise funeste en invoquant le mort, pour qu’il intercède auprès des ancêtres. Il s’agit d’inviter l’eau de la rivière à emporter avec elle toutes les malédictions, de telle sorte que la mort ne frappe plus cette famille. On offrira donc à l’eau qui coule ce mets de pistaches, ainsi que les lamelles de bâtons de manioc, accompagnés de bière. C’est une épreuve difficile, au cours de laquelle la veuve n’a plus aucune intimité. Elle est entourée d’une pléthore de femmes, surtout de sa belle famille, certaines compatissantes, d’autres malicieuses. Elles profitent généralement de cette circonstance pour dire toutes sortes d’obscénités et humilier la veuve. C’est dans ces conditions que la veuve sera ceinte d’une corde comportant neuf noeuds, en signe de chasteté, tout au moins pendant la période du port de deuil. Ce cordon noué ne sera défait que si un autre prétendant se manifeste de manière décisive. Il devra donc, à ce qu’on dit, reverser une importante somme d’argent à la veuve, avant de couper le cordon et de bénéficier des faveurs de l’éplorée. A la sortie de l’eau, la veuve arbore donc sa tenue bleue, sous laquelle on trouve des sous-vêtements de même couleur. Dans certaines familles, une procession est organisée avec la pratique de l’Essewe. Pendant son exécution, on rappelle à la veuve son nouveau statut, en même temps qu’on lui assigne un nouveau nom : Moukoussa (veuve). Dès que le cortège retour se met en branle, des femmes changent le décor de la chambre dans le domicile de la veuve, dans laquelle elles installent des rideaux et draps bleus de même que les autres plantes. Tous ces objets seront calcinés, et ordre sera donné à la veuve de traverser neuf fois les flammes du feu ainsi allumé. A la dernière enjambée, elle se dirigera directement dans sa chambre sans se retourner, au risque de se faire rattraper par les mauvais esprits. Dès qu’elle accède à sa chambre, sa belle-soeur (la gardienne de l a veuve) va la faire asseoir neuf fois sur son lit. Ce dernier rite se déroule entre 4 h30 du matin et 7h. A 7h justement, toute la famille se retrouve au cimetière. La doyenne des gardiennes de la veuve lui lavera son visage, ses mains, ses pieds en professant des intentions positives pour l’avenir, surtout pour la progéniture du défunt, en invoquant tous les précédents morts de la famille. La veuve et ses enfants seront conviés à traverser trois fois les pieds de la tombe. A son retour du cimetière, la veuve sera automatiquement ramenée dans sa chambre et elle n’aura plus droit de sortir de sa concession, pendant trois mois.

