Quelle est l’opinion de l’homme de la rue sur les rites de veuvage ?.
«C’est très important pour la femme mais…»
Je pense que ce rite est important pour la femme en ce sens qu’elle le fait avant tout pour son progrès personnel. Si elle ne se plie pas à ces coutumes, elle peut rencontrer beaucoup de problèmes dans sa vie. Je fais allusion à la malchance, la poisse. Par exemple, si après la mort de son mari une femme souhaite se lancer dans des projets afin de bâtir sa vie, cela risque d’échouer. Enquêtez et vous verrez que certaines folles qui vagabondent dans nos rues sont le plus souvent des femmes qui ont refusé de se plier à ce traitement qu’elles disent déshonorant. Ce qui est vraiment triste. J’estime que pour éviter de connaître le même supplice, les femmes doivent se soumettre à ce que la belle famille leur impose, une fois le mari décédé. Chez les Ewondo par exemple, pour ôter la malchance sur la veuve, on l’oblige à s’enrouler dans la boue et à subir des traitements « inhumains ». Le pire pour une femme est de tomber sur une belle famille méchante. Dans ce cas, cette dernière lui fera voir de toutes les couleurs. Il peut aussi arriver que la belle famille refuse de lui administrer ce rite. A ce moment, la femme peut rencontrer un prêtre exorciste qui pourra dire une messe ou des prières pour chasser le sort qu’elle porte.
Angèle Awolo, tenancière de Call box
« C’est de l’esclavage »
Je trouve que le rite du veuvage s’apparente
aujourd’hui à de l’esclavage.
Il n’y a qu’à voir ce qu’on fait subir à
nos mamans dans les villages. A
l’Ouest par exemple que je connais
mieux, la veuve endure des bains glacés
très tôt le matin dans des marigots
ou cours d’eaux infects. Sans trop
avoir le choix, elle se dénude devant
des inconnus, toute la communauté
viole ainsi son intimité. Dans certains
villages, il lui est carrément demandé
d’uriner en public dans un trou. Au cas
où elle n’y arrive pas, cela signifie
qu’elle est responsable de la mort de son mari. Un tas d’inepties qui
fait parfois pleurer. En tant que chrétien engagé, j’estime qu’une fois
qu’une personne est morte, on doit simplement se dire qu’elle est
morte selon la volonté de Dieu et l’accepter comme tel. On doit l’enterrer
et la garder en prières. C’est tout ! On n’a pas besoin de torturer
l’être que le disparu a chéri toute sa vie sur terre sous prétexte
qu’on le préserve des mauvais sorts.
Armand Yomi, ingénieur en hydrocarbures à la SNH
« La Bible déconseille les rites du veuvage »
Il est vrai que nos ancêtres le
pratiquaient. Pour eux, c’était
quelque chose de vraiment
sacré. Ils y accordaient tellement
d’importance que personne ne
pouvait s’en débarrasser. Cela
représentait tout un symbole
pour la communauté. Mais je
pense qu’à la faveur de la modernité,
les habitudes ont changé
et beaucoup de familles ont aujourd’hui
confié leur vie à Jésus.
Personnellement, j’ai accepté le
Seigneur Jésus-Christ comme mon seigneur et sauveur.
Je me suis entièrement consacrée à la lecture et à la pratique
des enseignements bibliques. Etant donné que la
Sainte Bible que je lis déconseille les rites liés au veuvage,
je n’y crois pas non plus.
Mme Christiane Kuété, informaticienne
«Le veuvage déshumanise la femme»
Ce rite reste assez complexe
aujourd’hui parce que certaines
personnes, notamment
des hommes mal intentionnés
profitent de cette occasion
pour jeter les mauvais sorts sur
ces épouses déjà choquées par
la disparition de leur mari. La
femme est donc torturée, méprisée,
chosifiée. Chez nous
par exemple dans le Centre, on
amène la veuve de force à vivre le même amour que
celui qu’elle a vécu avec son mari. On la menace en l’invitant
contre son gré à se soumettre aux nouvelles lois
qui lui sont imposées. On lui fait subir alors des traitements
inhumains. Si elle n’obtempère pas, on emploie
les grands moyens comme la bastonnade, la torture, elle
passe des journées entières sans se laver… Celles qui ne
peuvent supporter cette seconde relation forcée, se réfugient
généralement dans une vie religieuse. Car, c’est làbas
qu’elles trouvent du réconfort. Je trouve que le
veuvage est manifestement un acte déshumanisant pour
la femme.
Lionel Abéga, journaliste
« Plutôt que de réconforter, ça tue la femme »
Nous ne connaissons pas ce genre de
chose dans notre famille. Nos femmes ne
sont pas soumises aux rites de veuvage.
Une fois qu’une personne est décédée,
nous la pleurons et on s’arrête là. Je ne
vois pas pourquoi on devrait pour une raison
ou une autre maltraiter une personne
déjà éplorée. C’est vrai que dans plusieurs
tribus Bamiléké à l’instar de la nôtre
(Bayangam), on ne badine pas avec cette
question. De ma petite culture, je sais que
ces choses là existent et font partie de la
culture de ces peuples. Mais au lieu de la
réconforter, ça tue la femme. Il n’y a qu’à
voir comment cela se passe. On rappelle
souvent à la femme qu’elle n’a pas été
épousée par un homme, mais par une famille.
C'est-à-dire que celle-ci, en plus d’être responsable de sa vie
et de celle de ses enfants, est désormais la femme de toute la famille.
On lui fait croire que si elle n’accepte pas ces pratiques, son corps
va enfler et elle peut même mourir ou perdre ses enfants.
Madeleine Megaptche, ménagère
« Il faut condamner ces pratiques »
Le rite du veuvage a perdu de
tout son sens dans notre société.
Considéré jadis comme
une tradition permettant à la
veuve de garder en esprit le
disparu, il a pris aujourd’hui
une autre tournure. De plus
en plus, on se rend compte
que les hommes en profitent
pour humilier les femmes.
Tenez par exemple, on va
jusqu’à demander à une
veuve de vivre dans les draps
de son beau-frère ou de son
beau-père. Ce qui est absurde.
Cette pratique, en vigueur
dans la majorité des
tribus Bamiléké de l’Ouest
Cameroun est en réalité une violence psychologique qu’il faut
condamner avec la dernière énergie ; car les conséquences affectent
la société entière. Pire, quand une veuve devient la femme de son
beau-père ou de son beau- frère, il se pose un problème forcément
dans la succession, car les enfants issus du deuxième mariage n’ont
pas les mêmes droits que ceux du mari défunt. Bien plus, lorsque
cette femme décède, il est généralement interdit de l’inhumer dans
la concession de son premier époux et chez le second, sous peine de
d’endurer la colère des dieux.
Christian Djomo, Communicateur
«L’homme est aussi victime de veuvage»
On a tellement parlé de
veuvage en collant essentiellement
ce mot à la
femme qu’on a carrément
oublié que le veuvage
se vit dans les deux
cas. Ces rites sont aussi
bien pratiqués chez
l’homme. Il y a certaines
tribus dans notre pays où
le veuf souffre le martyr
que lui fait endurer sa
belle famille. Ces cas
peuvent être rares certes, mais sont tout aussi condamnables.
Même si on dit souvent que ces rites chez l’homme
symbolisent la victoire de la vie sur la mort et préparent
celui-ci à une nouvelle vie sans sa compagne disparue, il
faut fouiller pour se rendre compte que le veuf passe lui
aussi des moments difficiles.
Richard Bonanena, journaliste
«L’Etat devrait instituer une loi pour arrêter cet avilissement de la femme»
Le veuvage est une période
où beaucoup de
comptes se règlent sur
le dos de la femme. Parfois,
si le défunt a laissé
des biens, on profite du
temps du rite pour éliminer
la femme ou
alors pour lui jeter un
mauvais sort dont le
traitement va lui faire
dépenser tous ces biens.
Cette « escroquerie »
s’opère au nez et à la
barbe de tous, sans que
l’Etat ne place un mot.
Pourtant, la loi camerounaise
protège la veuve sur le plan civil et pénal. Il
faut aussi souligner que rares sont les femmes humiliées
qui portent plainte. Elles vivent toujours recroquevillées
sous un manteau de silence, craignant éventuellement
des représailles pour leur vie. Je crois que pour
mettre fin à cette barbarie, l’Etat devrait instituer
une loi pour arrêter cet avilissement de la femme
et surtout la protéger.


John Anderson
April
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Patrick Pool