Du PAMES au PHAMES : pour une gestion holistique de l’espace scolaire
7 août 20268 min de lectureCIPCRE
Fort des expériences menées au Bénin et au Cameroun, le CIPCRE a progressivement fait évoluer le Plan d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PAMES) vers le Plan d’Hygiène et d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PHAMES). Cette approche associe désormais aménagement raisonné des établissements, accès à l’eau, hygiène et assainissement (WASH), espaces verts et jardins biologiques scolaires. Elle vise à transformer l’environnement scolaire en un espace sain, durable et éducatif, tout en développant chez les élèves des compétences pratiques en matière d’environnement, de santé, d’agriculture biologique et de citoyenneté.
De par ses expériences réussies dans les établissements scolaires au Cameroun comme au Bénin, le CIPCRE a montré qu’il est possible de gérer l’espace scolaire de façon holistique. Cette démarche, progressivement enrichie au fil des années, a conduit à l’évolution du Plan d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PAMES) vers le Plan d’Hygiène et d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PHAMES).
Le cadre de vie scolaire constitue en effet un facteur fondamental de tout système éducatif. La qualité de l’environnement dans lequel évoluent les apprenants influence leur éducation et leur épanouissement physique, intellectuel, moral et social.
Pourtant, de nombreux établissements scolaires sont confrontés à des problèmes tels que la mauvaise exploitation de l’espace, l’insuffisance de l’aération des locaux, l’insalubrité, les pollutions atmosphérique et acoustique, l’absence d’espaces verts et de jardins scolaires ou encore l’insuffisance d’infrastructures essentielles telles que les latrines, les salles de classe adaptées et les dispositifs de gestion des déchets.
L’aménagement des espaces scolaires suivant des normes respectueuses de l’équilibre environnemental et de l’épanouissement des enfants apparaît ainsi comme un véritable enjeu éducatif et écologique.
Il était une fois le PAMES
Au Bénin, comme dans de nombreux autres pays, l’occupation des domaines scolaires ne s’effectue pas toujours selon une planification préalablement définie par les différentes parties prenantes. Cette absence de planification peut entraîner un mauvais positionnement des infrastructures et un gaspillage de ressources lorsque certains ouvrages doivent être détruits puis reconstruits.
Pour contribuer à inverser cette tendance, le CIPCRE-Bénin a conçu et expérimenté pendant plus de cinq ans une démarche de gestion planifiée des espaces scolaires : le Plan d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PAMES).
Cette expérience a notamment conduit à l’organisation, le 10 octobre 2008 à Porto-Novo, d’un Atelier National de réflexion sur le PAMES.
Une cinquantaine de participants issus des ministères en charge de l’éducation, de l’environnement, de l’habitat, de l’urbanisme et de la santé, ainsi que des acteurs de l’école et des partenaires techniques et financiers, ont participé aux travaux.
L’atelier a permis de préciser le contenu du PAMES, de définir une démarche générale pour sa mise en œuvre et de proposer un projet d’arrêté interministériel destiné à favoriser son institutionnalisation.
Des résultats significatifs au Bénin
Le PAMES a vu le jour en 2003 au CIPCRE-Bénin. Son expérimentation dans cinq établissements scolaires a notamment contribué à l’embellissement des établissements et à l’amélioration de leurs infrastructures.
Cette expérience a surtout conduit à la signature, par les deux ministères en charge de l’éducation, d’un arrêté conjoint visant la généralisation de cette approche dans le système scolaire béninois.
L’arrêté précise notamment la définition et le contenu du PAMES, la composition et le fonctionnement de ses organes ainsi que les ressources matérielles et financières nécessaires à sa mise en œuvre.
L’expérience du PAMES au Cameroun
S’inspirant de l’expérience béninoise, le CIPCRE-Cameroun a introduit le PAMES dans ses établissements scolaires partenaires.
La démarche comprend notamment l’établissement d’un plan de masse de l’école, la concertation avec les acteurs de la communauté éducative, l’identification des emplacements réservés aux futurs bâtiments, toilettes, espaces récréatifs et aires de jeux, puis la conception d’un plan définitif.
Le PAMES était actualisé régulièrement afin d’intégrer les nouvelles plantations et infrastructures réalisées dans les établissements.
Cette approche a été largement adoptée par les responsables des établissements scolaires partenaires du CIPCRE. Elle a notamment contribué à systématiser le diagnostic environnemental, avec une forte participation des élèves.
À travers l’observation de leur environnement immédiat, les élèves pouvaient identifier les problèmes environnementaux, analyser leurs causes et leurs conséquences et proposer des actions correctives.
À la fin de l’année 2012, 55 PAMES avaient été réalisés dans 55 établissements scolaires, comprenant des écoles primaires et des établissements secondaires, publics et privés, dans la Région de l’Ouest du Cameroun.
Du PAMES au PHAMES : deux innovations majeures
Au fur et à mesure de l’expérimentation du PAMES, le CIPCRE-Cameroun a intégré deux innovations majeures qui ont progressivement conduit à sa transformation en Plan d’Hygiène et d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PHAMES) : l’intégration du WASH et la création de jardins biologiques scolaires.
Innovation 1 : intégrer le WASH à la gestion de l’espace scolaire
Le WASH — Water, Sanitation and Hygiene — concerne l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement.
Dans les établissements scolaires, cette approche contribue à promouvoir l’hygiène et la santé des enfants et de leurs familles, tout en favorisant un environnement propice à une éducation de qualité.
Elle prend notamment en compte :
la fonctionnalité des points d’eau ;
les latrines adaptées ;
les dispositifs de lavage des mains ;
la gestion des déchets ;
le contrôle des vecteurs de maladies ;
la disponibilité des consommables d’hygiène ;
l’approvisionnement en eau potable ;
la sensibilisation à l’hygiène et à l’assainissement ;
la prévention et la lutte contre les épidémies.
L’objectif est de faire de l’école un espace dans lequel les bonnes pratiques d’hygiène sont non seulement enseignées, mais également appliquées au quotidien.
Innovation 2 : le jardin biologique scolaire
La deuxième innovation majeure concerne l’intégration du jardin biologique scolaire.
Il s’agit d’un espace permettant aux enfants de s’initier concrètement aux activités de production agricole durable et respectueuse de l’environnement.
Le jardin constitue à la fois un outil pédagogique, un espace d’apprentissage pratique et un moyen de sensibilisation à l’écocitoyenneté, à la biodiversité, au compostage, à l’économie de l’eau et à la préservation des écosystèmes.
Il permet aux élèves de développer trois grandes catégories de compétences : les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être.
Les élèves sont directement associés aux activités du jardin, sous l’encadrement des enseignants. Ils peuvent ainsi participer au choix des cultures, à la planification, à l’organisation des travaux, à l’entretien et à la valorisation des récoltes.
Le jardin devient ainsi un véritable support d’enseignement et d’apprentissage.
Le témoignage de l’École de Référence de Mbouo/Bandjoun
L’expérience de l’École de Référence de Mbouo/Bandjoun illustre concrètement les possibilités offertes par cette approche.
Avec l’accompagnement du CIPCRE, l’établissement a créé un jardin scolaire biologique et un espace vert et développé des activités WASH.
Le jardin a notamment permis de cultiver plusieurs plantes maraîchères et saisonnières en utilisant du compost produit par les élèves et les enseignants. Un jardin médicinal a également été aménagé.
L’établissement a par ailleurs installé des bacs permettant de différencier les déchets biodégradables et non biodégradables.
Dans le domaine du WASH, un gouvernement des enfants a été mis en place. Son ministre chargé de la santé participe notamment aux activités de sensibilisation au lavage des mains et à la prévention du choléra.
Les objectifs du PHAMES
Le Plan d’Hygiène et d’Aménagement de l’Espace Scolaire (PHAMES) vise à contribuer :
à l’aménagement de l’espace scolaire et à la gestion rationnelle de ses ressources ;
à la mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières autour de la gestion de l’espace scolaire ;
à la promotion de bonnes pratiques d’hygiène et de salubrité ;
au développement des compétences pratiques des élèves ;
à la prévention des maladies hydriques en milieu scolaire ;
à la préservation de la biodiversité ;
à la lutte contre les effets des changements climatiques en milieu scolaire.
À terme, les élèves doivent pouvoir développer des compétences pratiques concernant l’hygiène et la salubrité, l’accès durable à l’eau potable, la coopération, la conduite de jardins biologiques et la mobilisation communautaire face aux défis environnementaux et sanitaires.
Une méthodologie structurée de mise en œuvre
La mise en œuvre du PHAMES repose sur une démarche structurée comprenant plusieurs étapes.
Elle débute par l’établissement d’une situation de référence, permettant d’analyser les infrastructures existantes, les espaces verts, les jardins scolaires, les installations d’assainissement et les autres composantes de l’environnement scolaire.
Cette analyse permet d’identifier les problèmes, leurs causes et leurs conséquences et de dégager des pistes de solutions.
Un Comité PHAMES est ensuite constitué sous la responsabilité du chef d’établissement. Il définit les objectifs, les résultats attendus, la méthodologie, les ressources nécessaires et le chronogramme des activités.
Le projet est soumis aux différentes parties prenantes — élèves, enseignants, parents, responsables scolaires et autres acteurs concernés — afin d'être examiné et validé.
L’équipe PHAMES procède ensuite à la mobilisation des ressources nécessaires auprès des communes, des ONG, des mécènes et d’autres partenaires.
Un dispositif de suivi-évaluation permet de mesurer les progrès réalisés, particulièrement dans les domaines du jardin scolaire, de l’assainissement et de l’aménagement des espaces verts.
Enfin, la capitalisation permet de documenter les expériences et les savoir-faire acquis afin de les diffuser et de favoriser leur reproduction dans d’autres établissements scolaires.
Vers l’institutionnalisation du PHAMES
L’ambition du CIPCRE est désormais de favoriser l’enracinement et l’institutionnalisation du PHAMES dans les établissements scolaires.
Cette démarche prévoit notamment un plaidoyer auprès des acteurs institutionnels du secteur éducatif, en particulier le MINESEC et le MINEDUB.
L’objectif est de favoriser l’appropriation des jardins scolaires, des espaces verts et des clubs WASH comme outils d’éducation à l’agriculture biologique, à l’environnement, à l’hygiène et à la lutte contre les effets des changements climatiques.
À travers le PHAMES, l’espace scolaire n’est donc plus uniquement considéré comme un ensemble de bâtiments et d’infrastructures. Il devient un véritable environnement d’apprentissage, permettant aux élèves d’acquérir des connaissances et des compétences pratiques tout en participant activement à l’amélioration de leur cadre de vie.
L’expérience développée par le CIPCRE au Bénin et au Cameroun constitue ainsi une approche susceptible d’inspirer d’autres établissements et acteurs éducatifs souhaitant faire de l’école un espace plus sain, écologique, participatif et favorable à une éducation de qualité.
Galerie Photos
Vous voulez en savoir plus ?
Contactez notre équipe pour plus d'informations sur cette initiative ou pour explorer des opportunités de partenariat.